On m’a dit que ça irait mieux

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J’ai eu énormément de mal à écrire cet épisode.

Ça fait des mois que le podcast est à l’arrêt.
Et ça fait des mois que je vis avec quelqu’un.

Quelqu’un que je n’avais pas invité.
Quelqu’un qui ne paye pas le loyer.
Quelqu’un qui a pris toute la place.

Non ce n’est pas mon chat dont je veux parler, mais c’est bien de la dépression. Dépression que j'ai surnommé le coloc.

Le coloc, il ne fait pas de bruit quand il arrive.
Il ne prévient pas.
Et il n’a même pas la décence de sonner.

Un jour, il est juste là.

Et quand il est là, tout devient lourd.
Et non ce n’est pas juste un petit coup de blues.

C’est étrange à dire, mais, j’ai toujours pensé que j’étais née heureuse.
Vraiment heureuse. Oui j’ai cette chance d’avoir le bonheur facile.
Et honnêtement, je me disais que la dépression… ce n’était probablement pas pour moi. Trop solide. Trop persuadée que ça ne pouvait pas m’arriver. Peut-être trop d’ego aussi.

Alors, quand le coloc est arrivé, je ne l’ai pas reconnu.
Il s’est installé. Et a changé absolument tout.

Comment je pense.
Comment je ressens.
Comment j’agis.

Je ne me reconnaissais plus.
Et les autres non plus.

Le coloc est arrivé avec ses valises.
Et franchement… il était très bien équipé.

Pour vous donner une idée un peu plus précise de qui il est, ce coloc, je vais faire appel au DSM-5. Le DSM-5, c’est la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. C’est le guide de référence sur lequel s’appuient les professionnels en santé mentale. Et selon le DSM-5, pour parler d’un épisode dépressif majeur, il faut au moins cinq symptômes, présents presque tous les jours, pendant au moins deux semaines, et qui entraînent une souffrance importante ou une altération du fonctionnement au quotidien.

Parmi ces symptômes, il y en a deux qui sont centraux.

  1. L’humeur dépressive, donc se sentir triste, vide presque tous les jours.
  2. La perte d’intérêt ou de plaisir. Et cette perte d’intérêt, ce n’est pas un manque de motivation. Je vous le décrirai plus comme le fait de ne plus rien ressentir, que ce qu’on aime faire d’habitude, ne nous donne plus envie.

De mon côté, j’ai eu une perte d’intérêt pour tout. Vraiment tout. Les amis. Les sorties…. La vie.

Sauf le travail.

Le travail, lui, ne m’a pas lâchée.
Ou peut-être que c’est moi qui ne l’ai pas lâché.
Je m’y noyais. Et tout le reste devenait accessoire.

C’est dur à dire. Mais c’était ça.

Et dans sa valise, mon coloc avait aussi emmené le reste.

Les troubles du sommeil, la fatigue, la culpabilité permanente, les difficultés à penser, à décider, à répondre à un message. Même un simple « Hey, comment ça va Camille ? » devenait une épreuve. Parce que…qu’est-ce que tu réponds à ça, quand tu as juste envie de disparaître ?

Mais vous savez ce que j’ai compris ? Ce que je traverse n’est pas qui je suis.
La dépression n’est pas un trait de personnalité. Ce n’est pas une vérité sur moi.
C’est un état.

Et puis il y a cette autre chose que j’ai appris. Quelque chose de très simple.
C’est que c’est ok que ça n’aille pas.

Je sais que ça va à l’encontre de tout ce qu’on nous répète.
Le développement personnel adore les trajectoires propres. Les apprentissages rapides. Les émotions “transformées” et même transcendées.

Mais la réalité, c’est que parfois, ça ne va pas. Et ce n’est pas un échec.

Quand j’ai mal au ventre, personne ne me demande ce que ça m’enseigne.
Personne ne me dit que c’est une opportunité de croissance.
Alors pourquoi, quand ça ne va pas dans la tête, il faudrait absolument que ça ait du sens ? Pourquoi faudrait-il optimiser la souffrance ?

Je n’ai jamais pensé que je parlerais de ma dépression publiquement. Et en même temps… est-ce que ce ne serait pas absurde que quelqu’un qui parle de santé mentale au travail se taise quand ça la concerne elle-même ?

On dit que les oiseaux se cachent pour mourir. Et ben vous savez quoi , les êtres humains se cachent pour souffrir. Et c’est ironique, parce que je sais pertinemment que le premier rempart contre la détresse psychologique, c’est le soutien social. Mais tout ce que je voulais, c’était disparaître sous ma couverture.

Alors pourquoi en parler dans un podcast qui parle de travail ?

Parce que la dépression ne s’arrête pas à la porte du bureau.
Parce qu’elle s’invite dans les réunions.
Dans les relations.
Dans la concentration.
Dans l’énergie.

Parce qu’avec plus de 300 millions de personnes touchées dans le monde, il y a de très fortes chances que vous travailliez avec quelqu’un qui vit exactement ça, si ce n’est pas vous-même qui le vivez.

La dépression, ce n’est pas « se sentir triste ». Ce n’est pas un passage à vide. Ce n’est pas un manque de volonté.

C’est une maladie. Et pourtant… on continue de la traiter comme une faiblesse.

Et puis il y a autre chose. Quelque chose de très banal. Très répandu.

La minimisation de la souffrance.

On l’a tous déjà fait.
Par maladresse.
Par méconnaissance.
Par inconfort aussi, parfois, face à la douleur de l’autre.

Minimiser la souffrance de quelqu’un, ça ressemble souvent à ça :

« Oui mais… il y a pire dans la vie. »
« Tu devrais arrêter d’y penser, ça ira mieux. »
« Allez, ce n’est pas si grave que ça. »
« Franchement, tu devrais penser à autre chose. »
« Tu fais une montagne de pas grand-chose. »
« Il y a des gens qui rêveraient d’avoir ce que tu as. »

Et je le dis avec beaucoup de nuances : parfois, pour certaines personnes, à certains moments, ces phrases peuvent aider.

Mais la plupart du temps… elles réduisent, banalisent, invalident le ressenti et les émotions de la personne qui souffre.

Sans le vouloir, on envoie le message que ce qu’elle vit n’est pas légitime. Qu’elle exagère.
Qu’elle devrait faire un effort.

L’enjeu, ce n’est pas de vous culpabiliser. C’est d’en prendre conscience.
Pour éviter de reproduire ces réflexes. Ou au moins, pour les réduire. Parce que face à la souffrance psychologique, ce dont on a le plus besoin, ce n’est pas d’être corrigé.

C'est d'être entendu.

De mon côté, j’ai décidé de parler de cette maladie qui se soigne.

Parce que nommer les choses,c’est souvent le premier pas pour arrêter de les banaliser… ou de les nier.

Tant qu’on n’en parle pas, la souffrance reste individuelle. Et on continue de croire qu’elle relève du caractère, de la volonté, ou d’un manque d’efforts.

Alors que non.

Parce que si quelqu’un se casse une jambe et ne peut plus fonctionner normalement, personne ne remet sa légitimité en question. Mais dès que c’est la santé mentale, tout change et on nous dit qu’on pourrait faire un effort pour sourire, penser positif, relativiser.

Quelle absurdité ! Et promis, cette absurdité, on la décortiquera dans un prochain épisode.

Aujourd’hui, le podcast reprend. Avec une équipe autour de moi. Avec plus d’humilité aussi.

Le coloc est encore là.
Mais il ne décide plus de tout.

Et si vous, en écoutant cet épisode, vous vous reconnaissez, ou vous pensez à quelqu’un…

Parlez-en. Demandez de l’aide. Cherchez du soutien.

Vous n’êtes pas seul.

Prenez soin de vous, prenez soin de ceux qui vous entourent. Merci d’avoir écouté.

On se retrouve bientôt.

Sources

Ressources

Ecoute entraide
https://www.ecoute-entraide.org/

Interligne
Ligne d’écoute et d’aide LGBTQ+

Téléphone: 1 888 505-1010
Téléphone et texto gratuit
interligne.co

Phobies-zéro
https://www.phobies-zero.qc.ca/

Relief
Ligne d’écoute, d’information et de référence gratuite et confidentielle.

Du lundi au vendredi de 9h à 17h
Téléphone : 1 866 738-4873
monrelief.ca

Stratégies antidépressives chez les travailleurs

Suicide.ca
Professionnel et confidentiel 24/7
Téléphone: 1 866 277-3553
Texto: 1 855 957-5353

Tel-jeunes
Gratuit, confidentiel

Téléphone : 1 800 263-2266
Texto : 514 600-1002
teljeunes.com

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